colo1Sans savoir le nombre rigoureusement exact des colonies de vacances dites « paroissiales » en 1950, il semble possible d’estimer ce nombre à une petite cinquantaine, ce qui représente une centaine de séjours chaque été, les paroisses organisant un séjour de garçons et un séjour de filles.

Les plus anciennes sont  probablement celles de l’Étoile Louhannaise, créée par le père Falconnet dès 1911, et plus tard celle de Saint-Pierre Mâcon avec le curé Matthieu, et celle de Saint-Vincent Mâcon avec l’abbé Ferret.

Il paraît judicieux de faire remarquer que :

– d’une part ces colos étaient avant tout « sanitaires et sociales », destinées à des enfants qui avaient besoin de prendre l’air, et dont les familles n’avaient pas les moyens de partir en vacances ;

– d’autre part elles permettaient aussi de participer à l’éducation de l’enfant, à travers des activités et des découvertes qui l’aidaient à s’épanouir ; et elles contribuaient sans conteste à un apprentissage de la vie en collectivité, et de la prise d’autonomie puis de responsabilités.

Comment étaient « recrutés » les enfants qui partaient en colo ?

Tout simplement dans les « patros » qui réunissaient chaque semaine garçons ou filles de tous milieux, autour d’activités très diverses : foot, gymnastique, jeux collectifs, promenades-découvertes, clique, etc. Les « Cœurs Vaillants » et « les Âmes Vaillantes » ont rassemblé des centaines de garçons et filles à Louhans et Mâcon, nous l’avons dit, mais aussi à Autun, Chalon, Charolles, Chauffailles, La Clayette, Le Creusot, Gueugnon, Paray-le-Monial , Saint-Marcel, Tournus…

Et qui partait diriger ces colos ? La plupart du temps, le curé de la paroisse. Et qui les encadrait ? Souvent des séminaristes du Grand Séminaire d’Autun, en ce qui concernait les colos des garçons, et, pour les colos de filles, des jeunes filles de bonne volonté, parfois très jeunes (15 ans), sorties elles-mêmes des patros, qui secondaient d’autres plus âgées, mais dont le dévouement et le savoir-faire ne faisaient aucun doute.

Tous ces directeurs et moniteurs étaient bénévoles et très riches d’imagination pour organiser des activités extrêmement dynamiques avec de tous petits moyens.

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Le vieux moulin, qui fut colo paroissiale de Saint-Charles du Creusot

Avec le recul, on s’aperçoit qu’on a formé dans ces colos des gamin(e)s qui devenu(e)s adultes, ont su assumer des responsabilités importantes au sein de leur famille, de leur commune, de leur département, de diverses organisations…

Que s’est-il passé ensuite ?

Bien avant 1950, l’État avait déjà établi de nombreuses règles, tant pour l’encadrement des colos (création d’un diplôme de moniteur, puis de directeur) que pour leur fonctionnement. D’autre part, le nombre de prêtres et de séminaristes disponibles diminue… Heureusement, des laïcs s’investissent dans les associations organisatrices. Des jeunes – souvent issus des colos précédentes –  acceptent de suivre une formation pour encadrer les séjours. Regroupées au sien de l’UFCV départementale, puis de l’UDOVEP, les colos continuent leur chemin, et, presque chaque été, des « opérations » extraordinaires sont proposées. C’est ainsi qu’en 1969 se déroulaient à Saint-Laurent du Jura  les « Jeux olympiques inter-colos » : 300 jeunes athlètes , plus de 1.000 supporters… La flamme olympique était partie de Mijoux et, de colo en colo (Les Rousses, Prémanon, Bellefontaine, Morbier, Foncine, Chaux-de-Crotenay, Chevrotaine, Chaux du Dombief, Chaux des Prés, Saint-Pierre du Jura, Prénovel, Châtel-de-Joux), portée par un jeune athlète (cinq à chaque étape), accompagnée d’une voiture-radio, arrivait à Saint-Laurent du Jura le 15 août au matin, accueillie par les autorités : Monsieur le Maire et Monsieur le Député de Saint-Laurent, Monsieur l’Inspecteur départemental de la Jeunesse et des Sports… La sécurité était assurée tout au long de ces journées par les motards de la CRS de Dijon, sous les ordres du capitaine Jean-Pierre Rousseau.

Ces journées gravées pour longtemps dans la mémoire des participants, sont un exemple parmi d’autres de ce qui était vécu dans les colos à cette époque. 1960 -1985 fut indéniablement une « grande époque » pour nos colos paroissiales.

Mais peu à peu des difficultés se firent jour :

– sur le plan financier la diminution progressive, d’année en année, de l’aide de l’État, qui, en 1960, participait pour 50% au prix de revient journalier des séjours !

– la réglementation de plus en plus exigeante sur le plan de l’hébergement. Les « normes » (qu’il est certes indispensable d’établir dans les domaines de la sécurité, de l’hygiène, de l’alimentation, de l’hébergement) dépassèrent vite le stade du « bon sens » pour devenir extravagantes et impossibles à respecter…

Beaucoup de colos ont cessé leurs activités à cause de cela.

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Colonie de Saint-Cosme à Saint-Laurent-en-Grandvaux (Jura)

Cependant, il faut bien le dire, d’autres facteurs sont intervenus :

– la « réduction » progressive des prêtres, pour des raisons très diverses, entraînait la difficulté de trouver des « encadrants », s’y ajoutait aussi la difficulté de trouver des « plages horaires » qui conviennent à tous, compte tenu d’un nouvel aménagement des horaires scolaires et des nombreuses « attractions » extérieures offertes aux enfants…

– mais surtout, ce qui me paraît le plus grave, ce fut le désintérêt progressif du clergé pour l’âge « enfant » (sauf pour le catéchisme, bien sûr). Il a paru extrêmement important de s’occuper des « ados », au détriment des plus jeunes. Ce fut la grande floraison des camps d’ados. Mais on n’a pas mesuré que ces ados, enthousiastes pour les camps, étaient d’anciens enfants, d’anciens colons souvent… Et la « relève » n’était plus assurée : plus d’enfants au « patro », plus d’ados en camp !

Cependant vers la fin du XXe siècle, les associations paroissiales sont encore bien vivantes. Pour preuve ce 75e  anniversaire de l’UDOVEP qui en septembre 1997, réunissait 600 personnes à Chagny…

Mais attention !

Des équipes de laïcs ont maintenant pris en main les destinées des quelques colos paroissiales encore en vie et c’est tant mieux. Mais nos centres de vacances ont été entraînés peu à peu, presqu’à l’insu de leurs responsables, dans une escalade d’activités extraordinaires (cheval, canyoning…), ce qui représente une somme importante à demander aux familles. Celles-ci ne peuvent plus suivre… En conséquence : ou bien nous fermons nos colos et nos camps faute de participants, ou bien nous proposons aux participants des activités « de terrain », moins coûteuses mais non moins intéressantes, si les « encadrants » se montrent imaginatifs.

Que nos associations dites « d’éducation populaire » sachent redonner un sens à cette expression et retrouver des objectifs qui étaient ceux des créateurs. Dans le contexte économique actuel, les familles ont besoin de trouver pour leurs enfants des lieux d’accueil où les activités sont « abordables » financièrement, où ils s’épanouiront, apprenant le sens du partage et des responsabilités, pour devenir demain des hommes et des femmes « debout ».

2 figures de proue

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Le père Jérôme Falconnet † le 22 janvier 1971

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Henri Thibaudin † le 21 décembre 2003

« Dans la vie des colos paroissiales du XXe siècle, on peut dire que deux « figures de proue » se détachent : le père Jérôme Falconnet, le pionner, et Henri Thibaudin, son « disciple », dont Monseigneur Séguy, évêque d’Autun, avait écrit : « militant catholique dans sa jeunesse, dans et par ses loisirs, et particulièrement dans les colonies de vacances, a été une large partie de sa vie, à l’exemple de Jérôme Falconnet, son « repère »…

Jeanine Thibaudin

 

 

Henri Thibaudin (1928 – 2003)
50 ans au service du monde associatif

L’animation, il semble qu’il soit tombé dedans quand il était petiot. D’abord à Epinac: la fin des années 1930 lui faisaient découvrir le foot. Attention, pas dans n’importe quelle équipe ! celle de l’Etoile, celle du père Falconnet, ce qui lui a valu quelques soucis avec l’instituteur de l’époque… Mais tant pis, car cette double rencontre du foot et du père Falconnet allait faire de sa vie ce qu’elle a été.
Les années 1940, on ne parlera pas d’Henri, mais du “Bidin”. Le “Bidin”, certains d’entre vous s’en souviennent comme d’un sacré camarade de sorties à la Robinson Crusoé, ou de fameuses maraudes dans les jardins du presbytère… Dernier trait : sa qualité de joueur de foot et son besoin de travailler l’amènent aux Forges de Gueugnon.
Ces années de forges, accueilli comme un frère par Emmanuel et Hélène, sa famille de cœur, il les a consacrées au foot. En 1951, il était de l’équipe gueugnonnaise, championne de France de Sixte.
C’est dans le même temps qu’il participe pleinement à la vie de la JOC. Et ses responsabilités dans ce mouvement l’amèneront au National, lui permettront de participer au grand rassemblement de Bruxelles.
Mais il n’avait pas envie de rester à Paris : il voulait être sur le terrain. C’est alors que quelques difficultés de santé le ramenèrent au pays, le temps de se « requinquer » et de découvrir sa vraie vocation.
Il avait tout ce qu’il faut pour fabriquer un animateur, et je vais vous dire comment. Mais sachez d’abord que consacrer sa vie à l’Animation, c’est bien entendu vouloir ANIMER. Et animer cela veut dire donner du sens, donner du sens à la vie. Bien au-delà de la sienne, je ne peux même pas imaginer à combien de vies Henri, a pu donner un sens. Ces vies, les vôtres, les nôtres, il ne les voulait pas tristes et fades, mais joyeuses et pleines, alors, comme il le disait:  » Fusil d’fusil, souriez « !
Lorsqu’il fut « retapé », c’est le père Lambey qui est venu l’appeler pour lancer avec lui ce qui allait devenir « l’Ecran des Jeunes ».
Cette vaste entreprise, avec l’appui de la direction diocésaine de l’Enseignement Catholique, consistait, tout au long de l’année scolaire, à visiter les élèves des écoles primaires, collèges et lycées de l’enseignement privé, pour leur faire découvrir, chacun à son niveau, le monde du cinéma, et, à travers lui, le monde tout entier.
Il m’arrive de rencontrer parfois des gens qui n’ont de cesse de me rappeler cette période, qui dura plus de 15 ans.
Mais cela ne lui suffisait pas… J’allais oublier le principal : au cinéma, chacun le sait, on fait des rencontres; alors, vous pensez bien, quand on est celui qui passe les films, on fait les meilleures rencontres !
C’est bien-sûr au cours de ses nombreuses pérégrinations, qu’il a rencontré Jeanine, dans une colo du Jura, puis dans la toute petite école de « Sans’frein », du côté de La Clayette. Au deuxième passage, ils se plaisaient ! Au cinquième passage, nous sommes trois pour vous dire qu’ils se plaisaient, vraiment… et définitivement !
L’éducation au cinéma ne pouvait pas suffire à un couple aussi avide de vie et d’action; c’est alors qu’ils découvrent une fédération (ou que la fédération les découvre…) qui regroupait des colonies de vacances de Saône-et-Loire. Certaines d’entre elles bénéficiaient déjà des services « cinéma » d’Henri : qui ne se souvient de films comme « Il était une fois dans l’ouest », ou « Fanfan la Tulipe », que ses petits-enfants regardent encore, ou de « La mélodie du bonheur » que nous, ses enfants, connaissons par cœur, mais ne nous lassons pas de regarder…
A l’action « cinéma », ils ajoutent dans les colos d’autres animations exceptionnelles, et aident les directeurs et animateurs pour la préparation ou la réalisation de grands jeux, journées à thème, danses folkloriques… Et ils entreprennent, comme venait de l’exiger le Ministère de tutelle, la formation des cadres de colonies de vacances.
Mais cela ne suffisait toujours pas à cet homme avide de donner, de partager… Les Forges de Gueugnon avaient une colonie de vacances qu’Henri visitait chaque été.
Mais il y avait aussi les apprentis, à qui l’on avait décidé d’offrir chaque printemps un camp. Où ça ? A l’île d’Yeu, destination banale maintenant, mais lointaine à l’époque, et devenue mythique pour Henri, qui la considérait comme « LA » destination par excellence.
Après les « gars d’Gueugnon », il y a eu tous les jeunes de ces dernières décennies qu’il a emmenés là-bas. Et cette île d’Yeu était tellement ancrée en lui – l’ayant parcourue à pied à plus de trente reprises – que plusieurs d’entre nous, à chaque fois qu’il abordait le sujet, échangions cette petite réplique :
– Qu’est-ce que tu f’ras quand tu s’ras grand ?
– moi, j’s’rai gars d’Gueugnon ?
– pour quoi faire ?
– pour aller à l’île d’Yeu bien sûr !
Mais allons plus loin dans le temps… Les années 1970 sont celles qui me semblent être le plus riches en témoignages d’animation. Il y eut d’abord l’organisation des J.O. de 1969 à Morbier où 600 enfants de plus de 20 colonies de vacances se réunissaient pour concourir dans la bonne humeur; puis J2 Le Mans en 1970, puis, en 71 et 72, le Rallye des Jeunes, en voiture à travers tout le département et les départements limitrophes pour quelque 80 équipages. Sûrement une bonne expérience pour les jeunes, puisque quelques-uns parmi eux ont tellement apprécié qu’ils y ont rencontré l’homme ou la femme de leur vie.
Vint ensuite le grand saut, celui qui conduisit l’UDOVEP ( Union départementale des œuvres de vacances et d’éducation populaire) à son indépendance, celui du départ d’Autun vers Chagny et la création du Centre Jérôme Falconnet. Il en a fallu de la foi et de l’énergie pour réussir un tel pari, toujours en compagnie de centaines de bénévoles qu’Henri savait convaincre du réel intérêt de se consacrer aux loisirs des plus démunis et à leur éducation par le loisir… Et à chaque problème, à chaque souci, Jeanine était là pour nous redire : « Ne vous en faites pas, la Providence veille, on y arrivera ! »
Un parcours comme celui-là, c‘est d’abord en croyant à la vie associative, à l’intérêt de l’éducation par le jeu et la découverte qu’on le réussit. Et si, des années durant, on avait l’impression qu’Henri se répétait, c’était pour mieux nous faire comprendre, pour mieux nous mettre dans la tête, que cette responsabilisation des uns et des autres était finalement le seul chemin qui conduit à faire des hommes debout.
L’œuvre qu’il a grandement participé à construire, elle a un nom : l’UDOVEP, née de quelques idées du père Falconnet et de ses pairs, et « réveillée » et dynamisée par Henri. Il y a cru tellement fort que, d’une vingtaine d’associations, l’Union en regroupe maintenant plus de 300, partageant cette même volonté éducative.
Dans les années 1980, il aurait pu, bien-sûr, tirer sa révérence et profiter d’une retraite anticipée bien méritée. Mais non, quand on aime, on ne compte pas; alors, on remet ça pour encore 15 ans de travail auprès des associations, des institutions et des pouvoirs publics. Et pourquoi ? Pour défendre les intérêts de dizaines de petites associations de bénévoles, comme lui. La liste serait trop longue à citer, mais beaucoup d’entre elles étaient sa seconde famille.
Le travail, et le terrain. Les deux seuls arguments valables à ses yeux dans le domaine de la vie associative. Trop de paperasses, c’était sa hantise. Alors, en 1998, avec Jeanine, ils ont enfin pensé un peu à eux et se sont repliés à Epinac . Vous avez bien entendu : j’ai dit « repliés », mais pas « retirés ». En effet, à peine étaient-ils installés qu’il a fallu remettre « le couvert » comme on dit. Et ça a été la classe 1948, ses conscrits avec lesquels il a organisé des voyages-découverte, puis l’exposition « Epinac de nos vingt ans », et avec lesquels il avait encore tant de projets… Et il n’avait pas « lâché » l’UDOVEP; il en était le vice-président et allait à la rencontre des associations, Et avec Jeanine, il rencontrait de temps en temps les anciens bénévoles qui avaient partagé cette vie associative à laquelle il tenait tant.
Cinquante années au service du monde associatif, dans la peau d’un animateur, ça marque, lui, vous, nous. Ce qui fait vivre un animateur, ce sont d’abord des idées; les siennes étaient souvent bonnes et toujours éblouissantes pour les enfants que nous étions tous.
Quand, en plus, on peut voir ses idées se concrétiser, dans la pratique ou dans les yeux des autres, l’animateur, loin de chercher la gloire, trouve là toute sa fierté d’homme.
Quand une idée bénéfique au bien de tous vous semble tellement bonne que le fait de la voir n’intéresser personne vous décourage, alors c’est que vous êtes un animateur-né.
Crois bien, Henri, que parmi les milliers de ceux qui ont croisé ta route, il y en aura sans doute quelques dizaines qui sauront relever le gant, et faire de l’animation ce qu’elle a toujours été pour toi : allumer un feu plutôt que de remplir un vase.
Henri, tu es parti très vite, avec le sourire parce que tu étais heureux. Nous ne te verrons pas arriver là-haut. Mais tu as dû te précipiter à la droite du père Falconnet. Ne fais pas trop le fanfaron!
Te rappelles-tu ton audace lorsque, étant à Rome avec Jeanine sur la place Saint-Pierre, tu as vu le Pape passer à quelques mètres de toi. Alors, tu as fendu la foule en levant le bras et en criant « Paray-le-Monial! » Le Saint Père s’est tourné vers cet audacieux et lui a serré la main. Tu rayonnais de fierté et de bonheur.

Michel Thibaudin, son fils. 2003