En fondant la communauté de Taizé, frère Roger cherche à ouvrir des chemins pour guérir les déchirures entre chrétiens et pour surmonter certains conflits dans l’humanité.
Tout commence en 1940 lorsque, à l’âge de 25 ans, il quitte le pays de sa naissance, la Suisse, pour aller vivre en France, le pays de sa mère.
Il avait été immobilisé pendant des années par la tuberculose pulmonaire. Durant cette longue maladie, il avait mûri en lui l’appel à créer une communauté.
Il pense à une communauté où il soit possible de concrétiser tous les jours la réconciliation. Il voudrait réaliser ce projet au cœur de la détresse du moment, en pleine guerre mondiale.
Alors que commence la seconde guerre mondiale, il a la certitude qu’il doit sans tarder venir en aide à des gens qui traversent l’épreuve.
Le petit village de Taizé, où il se fixe, est tout proche de la ligne de démarcation qui coupe la France en deux : il est bien situé pour accueillir des réfugiés fuyant la guerre. Des amis de Lyon se mettent à indiquer l’adresse de Taizé à ceux qui ont besoin d’un refuge, des juifs en particulier.
En outre Taizé est à dix kilomètres de Cluny et, en choisissant de s’y établir, frère Roger est sensible à cette proximité avec un des lieux-phares de l’histoire du monachisme.

En 1962

Vingt-deux ans plus tard, en 1962, la communauté qu’il a créée compte une petite quarantaine de frères, elle est connue dans les milieux œcuméniques des diverses Eglises, elle accueille, de manière encore assez restreinte mais en augmentation constante, des hôtes de toutes confessions. Jean XXIII a annoncé le concile du Vatican en 1959, il reçoit chaque année frère Roger et frère Max. Il les invite comme observateurs au concile.
Installée sur la colline de Taizé, la communauté entretient de bonnes relations avec le diocèse, des échanges cordiaux ont lieu avec l’évêque, Mgr Lebrun. Des amitiés se sont développées avec un certain nombre de prêtres
Depuis 1948, ce qu’on appelle un simultaneum régit l’utilisation de la petite église romane du village de Taizé : l’église est confiée aux frères, où ils célèbrent leurs prières trois fois par jour, et la messe catholique continue à y avoir lieu de temps en temps.

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Mais cette église est devenue trop petite pour accueillir les pèlerins de plus en plus nombreux. En cette année 1962, au mois d’août, l’Eglise de la Réconciliation est inaugurée, deux mois avant le début du concile.
Il y a désormais deux lieux de prière dans le village mais tous les deux ont la même vocation œcuménique : le simultaneum est maintenu dans l’église romane, et dans l’Eglise de la Réconciliation la messe catholique peut être célébrée, d’abord dans la crypte puis ultérieurement dans l’église elle-même.
Une bonne relation avec le diocèse laisse cependant une question en suspens, celle que les frères, dès la fin des années 40 avaient posée à Mgr Lebrun lors de sa première visite à Taizé et qui l’avait beaucoup étonné, puisque les frères étaient alors tous d’origine protestante : « Comment notre communauté de Taizé pourrait-elle participer à la vie pastorale de la région ? ».
La situation de division des chrétiens n’avait pas permis, et ne permet pas encore en 1962, d’apporter une réponse concrète à cette question.
Mais l’esprit nouveau insufflé par le concile va petit à petit donner à la communauté de Taizé de trouver un engagement dans la vie du diocèse.

1962-2012

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Cet engagement devient visible d’abord grâce à la présence à Taizé, dès 1964, d’une petite fraternité de frères franciscains, qui viennent partager la vie des frères de Taizé.
L’un d’entre eux est nommé curé de la paroisse de Taizé et d’Ameugny, de 1964 à 1972. Il sera ensuite remplacé par un prêtre qui vivra pendant de longues années dans la communauté.
Peu à peu des frères de Taizé peuvent eux-mêmes exercer quelques responsabilités pastorales les liant à la vie du diocèse, d’abord très humblement et discrètement : un frère va prêcher de temps en temps à la messe de la paroisse de Cluny, un autre est invité à participer à la commission œcuménique du diocèse.
Notons que, en 1969, un  premier jeune catholique peut se joindre à la communauté, suivi dès lors par beaucoup d’autres, ce qui change la nature de la communauté, elle devient vraiment une « communauté œcuménique ».
Lentement, un autre chemin de collaboration avec le diocèse se dessine, correspondant à la vocation fondamentale de la communauté, vocation d’accueil : des groupes et des mouvements du diocèse viennent trouver, en quelques heures de prière et de réflexion passées à Taizé, l’espace pour un approfondissement.

Cela commence du temps de Mgr le Bourgeois : une première « journée diocésaine » a lieu à Taizé en 1976 suivie de quelques autres. En 1977, c’est une « journée des migrants » qui est organisée aux côtés de la communauté.
Avec les années, ces visites entre « voisins » se multiplient : chaque année, le service diocésain de l’Eveil à la Foi propose une journée d’animation pour les enfants et leurs parents à Taizé. A la Toussaint 2010, le service diocésain des Aumôneries de l’Enseignement Public rejoint ses homologues bourguignons à Taizé pour participer à la semaine de rencontre pendant laquelle de nombreux lycéens français se retrouvent en diocèse.
En 2011, c’est à Taizé que les scouts et guides de France apportent la lumière de Bethléem qu’ils trans-mettent ensuite aux paroisses de Saône-et-Loire.
Régulièrement, un certain nombre d’établissements de l’enseignement catholique proposent à leurs classes de primaires ou de secondaires un temps de vie à Taizé.
Et il faut faire une mention toute particulière du « rassemblement diocésain de la solidarité » qui regroupe un dimanche tous les cinq ans environ 5000 personnes sur la colline de Taizé autour de l’évêque. Les premières éditions ont eu lieu du temps de Mgr Séguy.
Cet accueil que les frères aiment beaucoup offrir à Taizé ne les empêche pas de se rendre présents aussi à d’autres sollicitations : un frère participe depuis plusieurs années au conseil diocésain de la vie religieuse, un autre a été invité au groupe de réflexion sur les vocations autour de Mgr Rivière. Des frères prennent part chaque année à la marche de la journée diocésaine des jeunes. Une fois chaque été un groupe de frères anime une prière du dimanche après-midi à l’abbatiale de Tournus.

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Au long des années, Taizé a entretenu beaucoup de contacts avec RCF Mâcon. La prière du matin y a été retransmise quotidiennement, elle continue à l’être maintenant grâce à RCF Parabole.
L’enracinement tout local s’approfondit. En 1997-1998, quand il s’est agi de préparer la nouvelle paroisse, le père Desgouttes, chargé de la réflexion, a habité à Taizé pendant quelques mois pour une « phase exploratoire ». La communauté a ainsi suivi de près cette recherche qui a abouti à la création d’une nouvelle paroisse Saint-Augustin regroupant dix-huit villages et aujourd’hui desservie par le Père Cottin. Une fois par an la paroisse se réunit à Taizé et le Père concélèbre avec les prêtres de la communauté. Un frère anime avec une mère de famille et une sœur de Saint-André l’aumônerie des jeunes de cette paroisse Saint-Augustin en Nord-Clunysois.

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Le 2 mai 2010, dans le cadre des célébrations du 1100e anniversaire de Cluny, les frères sont invités à célébrer une prière dans le transept de l’abbatiale. Frère Aloïs cite alors frère Roger : « La communauté de Taizé n’est qu’un simple bourgeon greffé sur le grand arbre de la vie monastique, sans lequel elle ne saurait vivre. »

Symbole du lien devenu après cinquante ans toujours plus étroit avec le diocèse : en 2012, le mardi saint, à l’occasion de la messe chrismale et de la rencontre à Autun des prêtres, séminaristes, diacres et leurs épouses,  Mgr Rivière invite frère Aloïs, successeur de frère Roger comme prieur de Taizé, à prononcer la méditation des mystères célébrés pendant la Semaine Sainte.