Il y eut une fois des élections à la présidence, chez les oiseaux de la savane. Ils étaient tous réunis en assemblée générale sous l’arbre aux palabres et les caquetages allaient bon train. On hésitait entre plusieurs candidats : certains trouvaient le vautour un peu négligé dans sa tenue, le pique-bœuf était jugé trop petit et la cigogne trop vagabonde… finalement, parce qu’elle dominait tous les autres de sa haute taille et que sa démarche débonnaire lui donnait une allure bon enfant, l’autruche finit par recueillir la majorité des suffrages.

Ce furent donc les apparences extérieures qui la firent élire, pour remplacer l’aigle pourtant considéré jusqu’ici comme le roi des oiseaux, en raisons de sa vue perçante et de son vol puissant. Mais la mentalité avait bien changé ! On attachait maintenant plus d’importance aux aspects médiatiques qu’aux véritables qualités. Pensez donc ! Aux derniers jeux ornithologiques, l’autruche avait gagné le marathon.

Les oiseaux s’aperçurent rapidement, mais trop tard, qu’ils avaient fait un mauvais choix.

Chacun sait en effet, selon la légende, que l’autruche a un grave défaut : elle se cache la tête dans le sable en cas de danger. Ainsi ne voyant plus rien, elle s’imagine que le lion ne la voit pas… et il n’a plus alors qu’à la dévorer. Elle avait d’ailleurs de nombreux partisans. La politique de la courte-vue et de la poudre aux yeux est en effet plus sécurisante et plus facile que celle de la lucidité courageuse.

Quand il faut sortir des ornières de la routine, changer les idées toutes faites, s’attaquer aux situations injustes, aménager le territoire de chaque espèces, cela exige audace, ténacité, renoncements parfois douloureux. Mais en bien des domaines, civil, social ou religieux, on préfère se bercer d’illusions et de belles paroles, plutôt que de regarder en face les vrais problèmes. En attendant de nouvelles élections, les oiseaux ne restèrent pas inactifs. Ils s’organisèrent en groupes de réflexion et d’action. Par le dialogue, ils établirent entre eux de nouveaux rapports, abandonnés qu’ils étaient par un pouvoir inconscient des enjeux en question. D’un côté on voyait l’autruche s’éloigner de la base par son entêtement borné et s’enfermer dans son dogmatisme intransigeant. D’un autre, on voyait les oiseaux des plaines, des montagnes et des marais se prendre en charge avec un sens étonnant de leurs responsabilités, mus par un instinct de survie et de solidarité. Malgré l’absence d’un guide véritable, capable de les mener sur les chemins de la libération, ils ne perdaient pas confiance. Un jour prochain pensaient-ils, même l’autruche ! tous seraient capables de voler de leurs propres ailes.

Pierre Farnier

Pierre Farnier a rédigé tout un recueil de « Paraboles pour les temps qui courent »

 

 

 

 

 

 

 

Encore des histoires vraies !…

– Le Père Amédée Loupias reçoit à son bureau un jeune couple en vue de la préparation au mariage. Manifestement, la jeune femme attend un heureux événement. (A l’époque, se trouver enceinte avant le mariage était de nature à précipiter un peu la date de la cérémonie pour qu’elle ait lieu avant la naissance).

Toute gênée, elle dit au prêtre : « Mon père, je dois vous avouer une chose : je suis enceinte ».

Le père Loupias répond du tac au tac : « Confidence pour confidence, je suis chauve ! ».

– Le père Pierre Colin avait la réputation d’être extrêmement distrait. A la fin d’une cérémonie d’obsèques, il aurait lancé ceci : « Maintenant, mes frères, nous allons dire un bon « Notre Père ».

Et il entonne : « Je vous salue Marie…. ! ».