LOUPIAS Amédée

1904 : Né dans l’Aveyron

1928 : Ordonné prêtre le 28 juin

Prêtre de Saint-Sulpice

1933 : Professeur au Grand Séminaire d’Autun

1957 : Incardiné au diocèse d’Autun

1957 : Econome du Grand Séminaire d’Autun et archiprêtre d’Epinac et de Collonge-la-Madeleine

1963 : Curé d’Issy-l’Evêque

1964 : Curé également de Marly-sous-Issy

1969 : Correspondant administratif au secteur Issy-Toulon

1982 : Retiré à Issy-L’évêque puis à la Maison Saint-Antoine à Autun

1990 : Décède le 30 septembre à Autun

Mon maître et mon ami.

J’ai d’abord connu le Père Loupias au Grand Séminaire d’Autun où il était professeur d’Ecriture Sainte.
Pendant deux années, il m’a appris à aimer la Bible et précisément, je m’en souviens très bien, l’Epître aux Ephésiens et l’Apocalypse. Je l’avoue, certainement dans une grande naïveté : ce fut pour moi le temps d’une découverte éblouie. Je ne pensais pas, je n’imaginais pas que la lecture de la Bible puisse être si passionnante.

Ce qu’il proposait avec bonheur c’était une randonnée à petits pas dans le monde biblique et lorsqu’il s’était acquitté de sa dette vis-à-vis de l’exégèse et de la technicité du texte, il nous entraînait dans cette démarche spirituelle où il excellait, dégageant les diverses réponses que les hommes ont apportées, au long des âges bibliques, à la proposition divine de l’Alliance.
La méthode n’était pas sans efficacité et je m’aperçois aujourd’hui que si, parmi tous les textes bibliques, c’est au premier chapitre des Ephésiens que je suis revenu le plus souvent pour une lecture toujours nouvelle et savoureuse, je le dois manifestement au Père Loupias.

J’ai connu ensuite le Père Loupias à Monthelon dont il était le curé. Régulièrement, un séminariste l’accompagnait le jeudi pour le catéchisme et le dimanche pour l’Eucharistie. Pierre Farnier, qui avait assuré ce service avant moi, me rappelait que le Père Loupias, ayant appris à conduire assez tard, peut-être pour effectuer ses déplacements à Monthelon, avait beaucoup de difficultés avec sa voiture. Certains jours, m’assure-t-il, il avait grand mal à démarrer et, une fois parti, plus grand mal encore à s’arrêter.

Mais Pierre et moi, nous nous souvenons du Père Loupias heureux d’aller dans sa paroisse où il savait être proche de chacun et familier avec tous. Il nous y semblait plus épanoui qu’au séminaire. Il privilégiait la relation avec les enfants et les jeunes. Il aimait faire le catéchisme et il pensait que nous devions apprendre à bien le faire ; pour cela il nous faisait participer à des sessions et même à un congrès national d’enseignement religieux. C’était l’époque où le Père Colomb offrait au vieux catéchisme des enfants des perspectives nouvelles et séduisantes. Cette époque avait du souffle.

Sur un autre point, le Père Loupias fut un pionnier : il savait confier des responsabilités aux chrétiens et chrétiennes de sa communauté. Dans la paroisse de Monthelon, il y avait tout un petit monde actif, responsabilisé, capable d’initiatives. Cette petite paroisse, croyez-moi, avait grande allure.

J’ai connu enfin le Père Loupias à Issy-l’Evêque durant les dernières années de sa vie active et durant sa retraite. A Issy-l’Evêque, comme auparavant à Epinac, il fut heureux dans son ministère auquel il donnait trois dimensions : la Parole annoncée avec soin et conviction ; l’Eucharistie célébrée dignement, « dans une piété sans lenteur » disaient certains ; la présence à tous, à ceux qui vont à la messe et à ceux qui n’y vont pas. Sa retraite fut également heureuse, ce fut le temps de la prière, (chaque jour il disait la prière des heures avec Madame Odin) et le temps de la relecture de sa vie, dans l’action de grâces.

J’allais le voir de temps en temps. Pas assez souvent à son gré ni au mien. Au cours de nos entretiens, je fus étonné de constater combien le Père Loupias était resté très attaché à ses anciens élèves. Quand nous parlions de tel ou tel prêtre du diocèse, soit il disait avec fierté : « C’est un de mes anciens élèves » soit il avouait comme en s’excusant : « Lui, je ne l’ai pas eu en cours ». Je trouvais tout simplement admirables une telle qualité de relation et une telle fidélité dans le souvenir.

Il me parlait de l’Eglise d’aujourd’hui qu’il aimait beaucoup. Il me questionnait sur tout, le plus souvent peut-être sur les vocations et les séminaristes. Une chose le préoccupait beaucoup : les prêtres n’ont plus le temps « d’aller voir les gens ». Je compris peu à peu la véritable raison de son inquiétude : quand il allait visiter les gens d’Issy-l’Evêque, il le faisait en homme de Dieu plus qu’en homme d’Eglise, avec l’intention explicite de signifier ainsi l’amour de Dieu pour tous ; quand il allait « chez les gens », c’était, dans son esprit, Dieu qui allait « chez les siens ». Et il se demandait comment allait être signifiée dorénavant cette présence de Dieu à son peuple.

A l’évocation d’une vie si discrète et si féconde, aussi féconde dans la réalité de la grâce qu’elle fut discrète dans l’illusion de l’apparence, il me revient à l’esprit ce beau mot de Bergson : « Les saints n’ont pas besoin d’exhorter, il leur suffit d’exister ».

Eglise d’Autun – Père Emile Duhesme

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